BBC News France publie en exclusivité ce mercredi les résultats d’un sondage inédit réalisé par l’IFOP auprès de 4 500 Français représentatifs de la population, offrant une radiographie sans complaisance de la relation entre les citoyens et le monde politique. Les résultats, à la fois préoccupants et porteurs d’espoir, dessinent le portrait d’une démocratie en crise de représentation mais pas en panne de citoyenneté.
La défiance politique à un niveau record
Premier enseignement majeur de cette enquête : la confiance envers les institutions politiques traditionnelles n’a jamais été aussi basse depuis que l’IFOP mesure cet indicateur, en 1985. Seuls 17 % des Français déclarent faire confiance aux partis politiques, contre 31 % il y a dix ans. Les parlementaires ne recueillent la confiance que de 24 % des répondants, et le gouvernement de 28 %. Seul le président de la République échappe partiellement à ce déclassement, avec 34 % de confiance, en raison de sa position singulière dans les institutions de la Ve République.
Les raisons invoquées par les sondés pour expliquer cette défiance sont multiples. En tête arrive le sentiment que « les politiques ne tiennent pas leurs promesses » (67 %), suivi par la perception que « les élus sont déconnectés des réalités quotidiennes des Français » (62 %) et la conviction que « les décisions importantes sont prises sous l’influence des lobbies et des grandes entreprises » (58 %).
Un désir de démocratie directe sans précédent
Paradoxalement, cette défiance envers les représentants n’engendre pas une indifférence politique mais au contraire une demande croissante de participation directe. 78 % des Français se déclarent favorables à l’introduction d’un référendum d’initiative citoyenne permettant à un million de signataires de proposer une loi ou une modification constitutionnelle. Ce chiffre atteint 87 % chez les 18-34 ans.
Plus révélateur encore, 64 % des sondés se disent prêts à participer personnellement à une Assemblée citoyenne tirée au sort si on leur en donnait la possibilité, et 71 % pensent que ce type d’instance serait plus efficace que le Parlement pour traiter les grands défis de société.
Les fractures générationnelles et sociales
L’étude met également en lumière des fractures profondes au sein de la société française. La défiance politique est particulièrement marquée chez les ouvriers et employés (défiance à 89 %), les habitants des zones rurales et périurbaines (85 %) et les moins diplômés (83 %). Ces chiffres témoignent d’une fracture territoriale et sociale dans le rapport à la démocratie qui constitue, selon les politologues consultés, l’un des défis majeurs pour la cohésion nationale dans les prochaines années.