Le musée du Louvre franchit une nouvelle frontière dans sa stratégie d’internationalisation. La présidente de l’établissement public a officialisé ce mardi la signature de deux accords de partenariat historiques avec les gouvernements sud-coréen et ivoirien pour la création de deux antennes internationales du plus grand musée du monde : « Louvre Séoul », qui ouvrira ses portes en 2029 dans le nouveau quartier culturel de Mapo sur les rives du fleuve Han, et « Louvre Abidjan », prévu pour 2031 dans la capitale économique de la Côte d’Ivoire sur un site de dix hectares en bord de mer.
Louvre Séoul : l’Asie comme nouveau territoire de l’art français
Le projet « Louvre Séoul » s’inscrit dans la longue histoire des relations culturelles entre la France et la Corée du Sud, deux pays qui partagent une tradition d’excellence en matière d’arts visuels et d’artisanat d’exception. Le bâtiment, confié à la star de l’architecture Bjarke Ingels, sera un chef-d’œuvre d’architecture contemporaine de 35 000 mètres carrés combinant des références à l’esthétique coréenne traditionnelle — les hanok, ces maisons en bois aux toits incurvés caractéristiques — et la modernité sculpturale de l’architecture danoise.
Le musée sera organisé autour de trois grandes galeries permanentes présentant des prêts rotatifs d’œuvres du Louvre — peintures, sculptures, objets d’art et antiquités — sélectionnées en étroite collaboration avec les conservateurs parisiens pour leur résonance avec l’histoire et la sensibilité artistique coréennes. Une quatrième galerie sera entièrement dédiée aux échanges entre art français et art coréen, de la période des jésuites français en Corée au XVIIe siècle jusqu’aux influences mutuelles contemporaines. Un espace de 5 000 mètres carrés accueillera des expositions temporaires internationales, permettant de faire circuler des chefs-d’œuvre entre Paris et Séoul.
Louvre Abidjan : un projet pionnier pour l’accès à la culture en Afrique
Le projet « Louvre Abidjan » revêt une dimension encore plus symbolique et ambitieuse. Conçu comme un acte de réciprocité culturelle entre la France et l’Afrique subsaharienne — un continent longtemps absent des grands récits de l’histoire de l’art mondiale —, ce musée de 40 000 mètres carrés mettra en avant la richesse extraordinaire des arts africains, trop souvent cantonnés aux ethnographies ou aux musées d’art premier.
La particularité de « Louvre Abidjan » réside dans son modèle de gouvernance, intégralement co-dirigé par une équipe franco-ivoirienne et doté d’un conseil scientifique composé à égale proportion de conservateurs français et de spécialistes africains de l’histoire de l’art. Ce modèle entend tirer les leçons des débats autour de la restitution des œuvres africaines conservées dans les musées européens, en proposant une alternative qui ne se réduit ni à la restitution intégrale ni au statu quo, mais à un partenariat muséal véritablement équitable.
Un modèle économique innovant pour démocratiser l’accès à la culture
Les deux antennes adopteront un modèle tarifaire spécifique à leur contexte local. « Louvre Séoul » fonctionnera selon un modèle commercial classique, avec une billetterie alignée sur les standards des grands musées asiatiques. « Louvre Abidjan » appliquera en revanche une politique de prix différenciée, avec des tarifs très réduits pour les visiteurs ivoiriens — moins de 2 euros par visite — et des prix standards pour les visiteurs étrangers, le différentiel étant comblé par le gouvernement ivoirien et des mécènes privés.
Sgs